Mozambique, un pays à apprivoiser

Centre de Milanje

Le passage à la frontière de Mulange pour le Mozambique, n’aura été que de courte durée. Un des plus rapides. Peu de monde, pas un touriste. Et beaucoup de bol !
En 1h30 tout est plié. Avec le visa, deux empreintes de l’index droit et gauche, une photo prise directement. il y avait du courant ce jour là. L’obtention du visa aux frontières reste aléatoire. Il aurait fallu retourner à Blantyre, au consulat du Mozambique et attendre 7 jours ou bien par e.visas et attendre «  à 4 jours.

Même pour le CPD (Carnet du passage en Douane), le douanier avoue « Je ne connais pas ce carnet », et se laisse aider par un collègue plus expert. Nous avons eu de la chance. Avant de franchir la frontière, un agent de la santé nous prend la température et vérifie que nous sommes à jour pour la vaccination contre la fièvre jaune.
Les carnets de vaccination sont présentés. Les numéros sont enregistrés, à la main, dans un grand cahier de compte, comme celui de grand-père Charles, lorsqu’il tenait ses comptes de boulanger.

Il ne reste plus qu’à s’arrêter plus loin pour l’assurance voiture, à quelques mètres de là. Cette fois-ci, pas de macaron collé sur le pare-brise, une simple attestation sera à présenter lors des nombreux contrôles de la police sur notre route.

Nous filons sans perdre trop de temps. Les routes sont bonnes. Arrêt rapide à Milanje pour nous équiper de la carte SIM de Vodacom et recharge du pays et retirer des Meticals (MZN), monnaie du Mozambique. Un agent de sécurité équipé d’un fusil, à l’angle d’une rue fait le pied de grue. Je lui demande si c’est dangereux ici, au vue de son fusil, il me fait signe que oui. Pas trop rassurant !

Le pays est sorti d’une guerre civile, parfois sanglante, de 16 ans (1 million de morts). Depuis 2015, un accord de paix est signé avec le parti rebelle le Renamo, ce dernier est démilitarisé et devient un parti légal et aujourd’hui divisé. Le pays compte également des attaques terroristes islamiques. Plus de 200 morts depuis 2017.

D’ailleurs le saviez vous ? Le drapeau du Mozambique est le seul au monde où figure une arme moderne (AK-47).

Les premières gouttes de pluie tombent. Cela faisait si longtemps ! Les gens sur le bord des routes, si nombreux auparavant, se font de plus en plus rares. Et maintenant les essuies glaces dansent sur notre pare-brise. Il fait gris et sombre. La nature nous a paru tout d’abord si luxuriante avec ses forêts, bananiers, étendues à perte de vue. ….

Mocuba
Nous poursuivons notre route vers Mocuba où nous logeons près d’un établissement religieux : Operacao Mobilizacao, Centro de Treinamento Missionnario. Lansi, la  sœur présente, nous autorise à stationner dans la cour de l’école. Les premières gouttes de pluie tombent toujours sur le Mozambique, le rendant encore plus mystérieux. Comme si ce pays avait besoin de se laisser séduire ou plutôt apprivoisé.

Le temps est gris. L’endroit n’a rien d’un endroit idyllique. Nous nous faisons discret et traversons la route pour nous restaurer à peu de frais dans le restaurant local du coin. Poulet et beef steak très cuits avec des frites, accompagnés de bières locales : « Manica » et « 2 M, la Mac-Mahon« . Une coupure d’électricité survient en pleine dégustation de ce magnifique plat. Personne ne semble être étonné, effectivement : « cela arrive tous les jours » me confie le serveur. La discussion est approximative puisque la langue officielle du pays est le Portugais. Vasco de Gama met les pieds au Mozambique, en 1498. Et depuis, la présence portugaise dure depuis 5 siècles. Son indépendance est proclamée en 1975, grâce au Frelimo, qui a lancé sa guerre d’indépendance en 1964 (soutenu par l’Afrique du Sud et les USA).

Ni Stéphane, ni moi ne parlons le portugais qui va falloir apprendre rapidement, du moins les mots et expressions utilisés au quotidien pour se faire comprendre. « Et combien de temps cela peut-il durer ? », le serveur hausse les épaules, impuissant. Je fais un tour aux toilettes et là non plus, pas d’eau courante. Il faut donc prendre un pichet et puiser dans un immense bidon, rempli d’eau, posé là. La lumière n’est toujours pas revenue. Nous quittons le restaurant pour retrouver notre campement. Seule la musique provenant d’une salle commune donne un peu d’éclat à cet endroit de désolation. Lansi, la sœur est déjà couchée. La pluie continue de tomber à petites gouttes.

Il est 5h30, nous sommes dimanche 25 août.
Malgré la proximité de la route (la circulation s’arrête tôt en Afrique où il est dangereux de rouler la nuit : absence d’éclairage municipal, présence d’animaux,…), la musique de la salle des fêtes (elle s’est tue vers minuit), la nuit fût réparatrice. Nous nous réveillons aux sons des coqs et des dindons. Un café rapide et nous quittons Mocuba, direction Nampula.

Arrivée à Nampula, le temps de faire quelques courses. La ville est animée. Tissus, vêtements, fruits, légumes, canapés, vélos, garagiste, pièces détachées,…

Nous passons la nuit à Montes Nairucu. Un grand espace de camping et lieu de pique nique/bar/restaurant, salle de fête, au bord d’un lac entouré de gros rochers. L’endroit est plutôt calme en semaine mais nous sommes dimanche et les locaux mozambicains ont décidés de sortir et faire la fête. Familles musulmanes, indiennes, ou autre. La musique est mise à fond. Les styles varient de part et d’autre. Nous sommes au milieu. Nos oreilles balancent entre Bollywood ou Woodstock ! Je me demande toujours l’intérêt de mettre la musique autant à fond.
Nous passons tout de même une nuit au calme, car tout ce petit monde est parti vers 21h.
Le calme est décidément un luxe. A peine réveillés les tondeuses, souffleuses de feuilles se mettent en route.

La route est bitumée, en bon état. Le temps est couvert. Conduire relève ici de la prudence. Tant de piétons et de cyclistes sur les bords des routes. Slalomer et éviter les voitures d’en face. Nous apercevons les cases traditionnelles avec les murs en torchis et toits de chaume.

Les villages et petites villes traversées sont nombreux. Le Mozambique compte 29 millions d’habitants et 32 habitants au km2. 28% de catholiques, 18% de musulmans, 16% de chrétiens sionistes, 11% de pentecôtistes.

« J’aimerais bien passer par les villages de France, lorsqu’on rentrera » me lance Stéphane tout d’un coup. « Bien sûr ! On commence par l’Alsace ? » je lui réponds instantanément. La plus belle région de France (hi hi hi). Ah nous retrouvons bien là ce côté chauvin, caractérisant le français. Généralité, je sais.

Les femmes vêtues d’un Chitenge, est appelé ici Capulana. Noué à la taille, avec une longueur laissant apparaître les mollets. De bon matin, une couverture en tissu couvre leurs épaules. Les gens ne nous saluent plus à notre passage, comme au Malawi, mais nous regardent passer avec de grands yeux, surpris, voulant dire « mais que faites vous là ? ». Nous ne croisons toujours pas d’autres voyageurs. Peut être à cause de cela. Parfois un signe de la main, pouce vers le haut, pour nous dire « super ! ».

Nous nous arrêtons pour acheter des bananes. 15 vendeurs se précipitent autour de nous. Choix difficile.
Les paysages traversés, nous dépaysent totalement : nature luxuriante, gros rochers en toile de fond, comme tombées du ciel. Des « Ben Amira »* à profusion.

* « Ben Amira », gros rocher de granit en Mauritanie, dans le désert de l’Adrar.

Pemba et notre séjour au Pemba Magic Lodge
Des gouttes tombent sur notre toile de tente ce matin. Après une nuit de harcèlement par les terribles moustiques du Mozambique, du Nord Est. Nous manquons d’air. Le temps est lourd et légèrement humide. On se croirait en Asie. Nous sommes venus au Pemba Magic Lodge, à Pemba en espérant nous rendre utile et économiser quelques nuits de campement, contre quelques activités. Nous avions contacté Russel, le propriétaire et manager du Lodge, quelques jours précédemment par mail via le site Workaway. Mail auquel nous n’avions pas eu de réponse…Mais qui ne tente rien….
Pemba était donc la destination choisie. Après notre petite semaine tranquille au Cap Maclear, dans le beau village de Chembe au Malawi, après deux longues journées de route, nous avons fini par rejoindre un tout autre décor.

Pemba, ville de 140 000 habitants, se trouve au Nord Est du pays, dans la province du Cabo Delgado, région touchée par les cyclones Idaï et Kenneth, en mars et avril de cette année. Rien à voir avec « un petit village du bord de mer » que s’était imaginé Stéphane.

C’est donc un peu « déçus » que nous avons commencé à nous installer sur un emplacement, au Pemba Magic Lodge. Pas vraiment un camping, mais plutôt un lieu de stockage pour bateau et voitures en attente de réparation. « Russel ne tardera pas à arriver » nous annonce un des employés. Nous avons le temps de faire le tour du lodge et des alentours. La mer est à 100 mètres.

Russel arrive en fin d’après midi. Nous échangeons rapidement quelques mots pour nous promettre de faire le point sur les possibilités le lendemain, autour d’un café. Mais le lendemain Russel est débordé. Il court partout. Met des équipes en place pour divers travaux de remise en état, peinture, réparation pour le Lodge. Un relookage de saison, en somme. Russel est australien. Le rendez vous est pris pour la fin de journée. « Profitez de l’endroit, pour visiter le centre, vous balader, vous baigner,… », nous propose t-il. La mer est à 100 m.

La visite du quartier Paquitequete vaut pourtant le détour. Tout d’abord l’ancien Mercado, datant de 1940, classé monument national, transformé en restaurants locaux, où nous nous arrêtons pour déguster des pulpes avec des frites.

Un peu plus loin, le quartier musulman, s’étend sur d’infimes petites maisons, parfois colorées, faites de bambous, de pierre et de terre. A l’extrémité nous retrouvons les barques des pêcheurs. Puis l’Océan Indien. Nous longeons la mer sur des kilomètres. Passons près de Ponta Romero, ancien Fort du Commerce des esclaves. Une voiture s’arrête. Un homme du Sultanat de Bruneï, nous propose de nous emmener. Il nous dépose à quelques kilomètres, devant son hôtel, de luxe *****.

Les plages s’étendent à l’infini. La mer est bleu turquoise. Mais les plages sont sales, sauf aux abords des hôtels de luxe. C’est désolant de voir tant de beauté et tous ces déchets. « Mais que fait le gouvernement ? » s’insurge Stéphane.
Nous profitons d’un emplacement « plus propre » pour nous baigner. L’eau est relativement propre. Et il fait si chaud.

Arrive le soir et ses incertitudes. Mais j’ai déjà ma petite idée de ce que je vais proposer à Russel lorsque je vais le croiser : une salade libanaise et une salade niçoise, et en prime une tarte flambée (il a un four à pizza) à rajouter sur sa carte des menus, avec dégustation préalables. Puis quelques recommandations sur sa manière de communiquer sur Pemba Magic Lodge et sur son site, relooké par Rachel, avec qui j’échange le dernier jour.
Ne pas rester sur une 1ère impression. 3 journées passées au Pemba Magic Lodge est nous comprenons ce qui fait le charme et le succès du lieu. D’abord ce grand espace du bar/restaurant, carrefour, des expats, familles, couples de locaux en sortie, voyageurs ou tout simplement mozambicains en attente de changement de décor. Russel met un point d’honneur à saluer et discuter quelques temps avec chaque personne. Il a des clients fidèles. Les gens se parlent et ont plaisir à se retrouver. Ca s’appelle de la chaleur humaine.

C’est ainsi que nous avons pu discuter avec Rouan, le manager du supermarché de « Shoprite », une chaîne de magasins sud africains (début de l’ère commerciale). « Le jour de l’ouverture, les gens se sont bien habillés et n’osaient pas toucher les produits en rayon », nous confie –t-il. Il voit tous les avantages de ce commerce. « Tout est rassemblé en un seul lieu. Plus besoin de courir à droite à gauche pour faire ses courses ». A la question : « Comment ça se passe lorsqu’on manage une équipe mozambicaine ? ». Il me répond : « il faut de la patience et du sourire » me répond-t-il. « Mais surtout à cause des nombreuses sollicitations ». Il est vrai, et nous l’avons souvent constaté, être « blanc » est synonyme d’argent. Nous sommes présupposés avoir les moyens.

Puis Zaza, femme française d’âge mûre, avec un parcours chaotique avec des métiers très variés (tourisme, confection, capitaine de voilier, guide,…) et qui souhaite à présent rentrer dans sa Bretagne natale, après toutes ces années passées en Afrique. Elle s’est fait piquer son téléphone au marché local de Cariako. Elle a voulu se défendre et s’est retrouvée avec un coup de poing et quelques dents cassées. Elle me dit : « il ne faut pas venir ici », « on se fait attaquer sur la route, certains même se font égorger »…Bon là Zaza va falloir s’arrêter. Je lui demande quel est le programme de la journée pour changer de sujet. Nous apprendrons plus tard que la zone est ou a été en « rouge », certainement à cause des attentats islamistes.

Russel arrive entre temps et je lui fais mes propositions. Il est d’accord. Nous partons de ce pas au Shoprite à 4 km de là. Je n’ai pas trouvé de fromage blanc et de crème fraîche. La cheese cream fera l’affaire. Je la diluerai avec du jus de feta. A la guerre comme à a guerre !

Le soir je me lance, une fois que le rush en cuisine est passé. Gabriel, le pizzaïolo m’assiste et prend même son apprentissage très au sérieux. Gabriel veut faire, il est ravi d’apprendre une nouvelle recette. Au 1er contact, il m’a fait comprendre que la cuisine fermait à 21h et qu’il souhaitait rentrer chez lui. Les tartes sont réalisées, mise au four à pizza, puis servies et partagées. Je propose une part à Gabriel, agréablement surpris. « Heum, c’est très bon ! » me lance-t-il. Nous en ferons 3. Elle a presque le goût de chez nous, en Alsace. J’ai tellement hâte d’en manger que j’oublie d’en faire une photo. Russel aussi apprécie et me demande de lui traduire les recettes en anglais pour les rajouter sur sa carte de menus. « Vous ne payez rien pour le camping, bien évidemment » me rassure-t-il. « Merci Russel, c’est cool ! », je lui réponds.
Je les envoie dès le lendemain, jour de notre départ.

Notre séjour à l’Ulala Lodge, entre Pemba et Mecufi
Nous avions bien pris la route vers le Sud, mais nous arrêtons chez Georges, un français qui tient le Ulala Lodge, à une vingtaine de km au sud de Pemba, à . Un peu par curiosité et recommandé par Francesca, l’italienne de l’Africa Wild Truck. A peine arrivés, nous tombons sous le charme de ce lieu qui se rapproche, du paradis. L’Ulala Lodge est décoré avec simplicité et beaucoup de goût, en intégrant les matériaux locaux (pirogues, coquillages, bois flotté, bambous, palmiers, tamis, sculptures, …). « Cet homme doit être architecte ! » , « Ou alors : il y a une femme derrière tout ça ! » me dis-je.

Bord de Mer à Ulala
Bord de mer Ulala2

Georges est en France actuellement, mais Lionel son manager le remplace admirablement. Excellent accueil. Nous sommes bien reçus, malgré notre statut de baroudeurs.  L’emplacement est préparé, nettoyé. Plus à l’écart des bungalows, du bar-restaurant de l’Ulala Lodge. La vue est à égale distance, à peine à 20 m. Il y a également une douche (froide) et un robinet d’eau à disposition, mais point de toilettes. Il faudra nous rendre au bar pour nos besoins. Lionel nous explique que nous pouvons rester camper là gratuitement. Nous n’en espérions pas tant ! J’étais déjà prête à sortir mes arguments pour négocier un prix raisonnable pour nous. Point n’en faut. « Georges a été un grand voyageur, sur les routes, avec son land Cruiser, et sait ce qu’il en est de chercher à se poser quelque part… » m’explique Lionel. Franchement, là je dois dire bravo ! bravo et merci !!!

Nous nous levons vers 6h30. Je vous rappelle qu’il fait jour à 5h et nuit à 17h30. Stéphane se met même au footing, moi au Yoga. Je vois Stéphane revenir, son corps ruisselant de sueurs, chantonnant et heureux. Puis le petit déjeuner est pris. Ensuite longues balades sur la plage. La mer (océan indien) s’est retirée sur des centaines de mètres. Les eaux sont colorées d’un camaïeux de turquoises. Des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants vont à la pêche, à pieds ou en pirogues.

La rencontre avec les femmes n’est pas aisée. Elles sont méfiantes, nous regardent avec un air de défi, parfois silencieuses ou timides. Nous ne parlons pas la même langue mais celles des gestes, celui de la main posée sur le ventre, avec un mouvement de rotation, nous le comprenons. Elles veulent des sous parce qu’elles ont faim.

Ici la pêche n’est pas un passe temps ou une balade du dimanche où activité réservée aux jours de grande marée. On pêche ici, pour revendre et nourrir la famille.

Ce matin, dimanche, des enfants nous ont accompagnés pendant près de deux heures lors de notre balade quotidienne sur la plage. Le contact est plus facile avec eux. Nous ne parlons pas la langue locale, Makua. Mais ils nous montrent tout espèce de coquillages, de crustacés, à manger, à laisser.
Au retour, je vais chercher un paquet de gâteaux et nous improvisons un petit goûter sur la plage. La mer est toujours basse.

Coucher du soleil, de notre campement

Retour au campement du Lodge Ulala pour préparer notre départ du lendemain vers l’Ilha de Mozambique. Le plein d’eau, une dernière lessive, un peu de rangement, quelques écritures et tris de photos pour le prochain article.

l’Ilha de Mozambique, lundi 2 septembre.

Nous quittons la bulle de paradis de l’Ulala Lodge plus tard que prévu. Lionel, était en retard ce matin. Tombé trois fois en panne, il revient exténué. Nous réglons nos consommations et filons sans tarder. La route qui nous attend aujourd’hui est longue. L’alternance, un ou deux jours de voyage et trois à quatre jours de relax et visite est un rythme qui nous va bien, avant que les petites habitudes ne s’installent.

Le spectacle est toujours en bord de route. Cet homme en vélo, avec un bébé accroché dans le dos. Femmes avec des sceaux remplis de terre, sur la tête. Hommes chargés de sacs de charbon sur le bagage arrière du vélo. Cette petite fille, à peine âgée de cinq, six ans, et qui porte son petit frère ou sa petite sœur dans le dos. Coupeurs de bambous avec un gros lot de tiges de bambous sur la tête. Des hommes assis, casseurs de cailloux. Des enfants jouent avec des bidons transformés en voitures. Des camions bennes ou picks up remplis d’hommes et de femmes, entassés sur des sacs et autres marchandises. Une femme, avec une immense coiffe et son Capulana ou appelé aussi « Quimau », l’habit traditionnel. « On dirait une coiffe alsacienne » me dit Stéphane. Des taxis-bus Toyota blindés, aux inscriptions chinoises. Lorsqu’il y a de la place pour quinze, il y en a pour vingt. Sans compter les bagages débordant de tout part.

Après cent dix kilomètres parcourus, nous retrouvons la route défoncée : bitume arraché, nids de poule, bas côtés rongés par les saisons de pluies ravageuses.

Nous apercevons également des centaines de drapeaux rouges flottant au vent du Mozambique. Il s’agit du parti Frelimo, majorité au pouvoir avec le président Filipe Nyusi. Les prochaines élections sont prévues le 15 octobre de cette année. Nous sommes en pleines campagnes électorales !!!! Plus loin, nous dépassons une manifestation du parti en place. Des centaines de partisans défilent en chantant et en dansant.

Puis au tour des écoliers de défiler : c’est la sortie des classes. Vêtus d’uniformes : chemisier blanc et jupe, ou pantalon pour les garçons, bleu marine ou rouge, suivant la ville traversée.

Nous arrivons sur l’Ilha de Mozambique au bout de 6h30 de route. Il est près de 17h. Un pont de 3km, à une voix, relie le continent à l’Ile. Des centaines de vélos et de motos traversent quotidiennement le pont. Très peu de véhicules circulent sur l’Ile.

Les premiers mètres parcourus nous plongent dans une autre Mozambique, celle du passé. Celle habitée par les arabes au 9ème siècle et découverte en 1498 par Vasco de Gama, navigateur portugais. Elle devient alors une colonie portugaise pendant plus de 5 siècles. Il y règne toujours un air de Havane, d’ancienne cité perdue, avec un air de Saudade. Maisons aux couleurs passées, abandonnées, d’autres rénovées. Eglises blanches. Mer turquoise avec ses « Dhows », bateaux à voile des pêcheurs.

Vu notre arrivée tardive, nous nous efforçons de trouver rapidement un lieu pour passer la nuit. Après deux, trois refus (pas la place, pas la bonne structure,…) nous apercevons un couple, assis sur une terrasse du restaurant Reliquia,  sur le trottoir d’en face. La jeune femme me sourit et je la rejoins lui expliquant notre besoin. Quelques mots échangés avec son mari, José et Amélia, tout sourire, me propose un emplacement derrière leur restaurant Reliquia. « Il y a même un gardien présent toute la nuit. Vous serez en sécurité » me précise t-elle ! 

Nous sommes ravis.
Nous dînerons le soir même au restaurant Reliquia, où nous échangerons avec Chloé, une jeune française de 24 ans, en vacances sur l’Ile de Mozambique pendant une petite semaine. Elle vient de finir un stage de six mois à l’ambassade de Maputo. Nous serons les seuls clients de cet immense restaurant. Nous lui proposons de nous rejoindre. Les plats sont frais et simples. Nous y découvrons une spécialité : les frites de manioc. Nous en profitons pour manger du poisson, très bien préparés.

La nuit se passe, accompagnée de moustiques et d’air chaud. Nous quittons les lieux dès les 1ers rayons du soleil. Trouver un coin sympa, plus au nord, pour le déjeuner. L’ile s’active. Les 1ers coups de balais sont donnés. L’eau est cherchée. La vaisselle de la veille est démarrée.

Nous sommes à côté du Fort et en profitons pour le visiter, ainsi que son église Saint Sébastian, du 16ème siècle. Le lieu reste à l’abandon, comme beaucoup de bâtiments sur l’Ile. Puis nous nous dirigeons vers le Musée, ancien Palais du Gouverneur, avant l’indépendance (1975). Les meubles viennent essentiellement d’Indes, de France et du pays. Le guide nous explique que plus les sommiers des lits étaient hauts, plus on était une personne importante dans la société.

Maintenant le musée ne sert plus que de lieu de conférences, meetings,… Une visite du président actuel, Filipe Nyusi est prévue le 17 septembre.

La deuxième nuit nous la passerons au Fort, derrière la grille de l’entrée. Le gardien nous a assuré que c’était possible, après ma demande à la sortie. Cool ! Nous espérons être un peu plus au frais et au calme.

Etant près de la grille d’entrée, j’entends des allers et venus. Je ne vais pas dormir si bien que ça en fin de compte. Stéphane a toujours un bon sommeil.

Puis nous nous engageons dans une longue promenade à travers les ruelles de l’Ilha de Mozambique pour y découvrir toute l’ambiance.

Le soleil est déjà très haut dans le ciel et il commence à faire très chaud. Plus de 32°. Nous en profitons pour repérer les Lodges et belles terrasses. Un autre métier serait d’être chasseuse de lieux à vivre, goûter la cuisine,…

Après notre tour, notre choix de lunch (et dîner, puisque nous mangeons un plat par jour, hormis petit déjeuner), se portera sur Rickshaws. Roger, le propriétaire d’origine américaine, nous présente les plats comme une histoire à raconter. Nous en avons déjà l’eau à la bouche lorsqu’il nous présente sa carte des menus, d’inspiration globetrotteuse.

La promesse est tenue. Les plats sont fins, succulents et esthétiques. Stéphane a opté pour une langouste avec sauce à la crème, aux épices et au vin blanc. Moi j’ai choisi un plat local : Nshima, calamars et poisson grillé, accompagnés de deux sauces. L’une froide, à la crème aux câpres et poivrons verts, l’autre chaude aux poivrons, oignons et tomates. Délicieux. Chaque plat est à 800 Méticals (environ 10 euros). C’est jour de fête !!! Dans un restaurant « local », le plat est à 300 méticals. La plupart du temps nous cuisinons nous mêmes.

Puis après un peu de repos à l’ombre et une belle balade nous reprenons la route et quittons l’Ile Direction Mocuba. Une bonne journée de route nous attend.

Puis, au bout de 4h de route, un drôle de bruit se fait entendre dans Fendi. Que se passe t-il ? Nous nous arrêtons à plusieurs reprises. Est ce la courrois du compresseur ? Autre chose ? Difficile de trouver un endroit pour s’arrêter. Il y a du monde partout, peu de chemin sur le côté pour s’échapper.

Le deuxième arrêt est pris près d’une école, à côté de Mépula. Les enfants viennent nous observer. Un jeune de 14 ans ose venir vers moi et me parler. Les autres enfants, bientôt une cinquantaine, se tiennent à 5m, ils sont impressionnés. Certains enfants tiennent un petit siège dans leurs mains, certainement pour venir en classe. Ici pas de cartable, mais un simple cahier, parfois un livre entre les mains. Stéphane pense tout d’abord que c’est la courrois qui chauffe.


Nous arrivons à Mocuba en croisant les doigts. Nous avions déjà dormi dans cette ville en en venant du Malawi, à l’aller. Cette fois ci nous nous posons dans motel, qui accepte, au bout de quelques minutes de négociation, de nous laisser dormir dans Fendi sur le parking pour 300 Méticals (la chambre est un 500). Le Motel Mptane Alojamento, est fréquenté par toute sorte de gens : ONG, hommes d’affaires de passage, résidents permanents,…mais que des locaux. Et aussi : « L’amour qui passe », expression pour d’écrire une prostitution de jeunes filles.
Une petite salle ouverte, en cercle, permet de suivre les news sur un tout petit écran. Nous apprenons que le Pape François est arrivé à Maputo, Capitale du Mozambique.
Ici, comme dans la plupart du pays, il n’y a pas d’eau courante. Un sceau et un pichet, dans la même pièce que les toilettes, sert de douche. L’eau est froide mais nous sommes si heureux de pouvoir nous laver et nous rafraîchir ! C’est déjà un luxe !

Le lendemain, nous rejoignons la Mission de Soeur Lanzi, Operacao Mobilizacao, Centro de Treinamento Missionnario, en espérant pouvoir nous y poser pour que Stéphane puis changer la courrois. Lansi, la soeur de Papouasie Nouvelle Guinée, est ravie de nous revoir. Le directeur du centre, Mutita, nous conseille d’aller voir Papa, le mécanicien à 200 mètres de là. D’autres intervenants de la Mission, et de passage, comme Panta et Brian (du Zimbabwe), viennent nous voir pour essayer de nous aider. Panta & Brian. ces derniers interviennent sur le développement de petits business.

Papa fait son diagnostic, après une journée d’exploration : « la bague de synchronisation de la boîte de transfert est cassée, en mille morceaux et cette pièce impossible à trouver au Mozambique ». Plusieurs options s’offrent à nous : soit commander la pièce en Afrique du Sud et la faire monter ici, soit la solution que Papa nous propose. Injecter de l’huile avec de la graisse, dans la boîte de transfert pour que nous puissions prendre la route et sans ce bruit, pour arriver enfin en Afrique du Sud où nous aurons la possibilité de faire les réparations dans un garage spécialisé Land Rover. Stephane n’a pas l’air convaincu mais c’est pourtant l’option que nous allons retenir. Ernest, un formateur de la Mission, et qui nous sert de traducteur, nous affirme que Papa a l’habitude de le faire et que cette technique, à l’africaine, est efficace. Faisons confiance à Papa qui a l’air d’être un brave homme.

Pendant l’attente j’en profite pour discuter avec deux menuisiers venus là pour affûter leur scie. Puis des enfants, petits curieux, viennent me voir.

Le soir nous sommes invités chez Mutita, le Directeur de la Mission, pour dîner ensemble. Nous retrouvons les formateurs, David (canadien), Bénédict et Brian et passons un très bon moment ensemble à discuter des projets en cours. Une prière est réalisée en notre honneur par David. Mutita, directeur dynamique et enthousiaste, projète de développer l’élevage de poulets dans la région afin de rendre les gens indépendants. « 11 poulets sont proposés au départ et sur un an, l’élevage s’élève à 300″ poulets. Nous l’avons testé en Tanzanie et ça marche! » lance t-il. Je lui demande : « Mais comment être sûr que les gens ne mangeront pas les poulets avant, s’ils ont faim ? » Mutita me rassure : « Avec formation et conseils à l’appuis et un travail sur les valeurs et les croyances, en amont, nous pouvons espérer changer les mentalités ». je trouve cette approche et l’idée excellente ! Je lui parle de mon intérêt pour les femmes et leur autonomie. La couture. Il me propose de venir le lendemain matin pour voir les 5 femmes qui viennent apprendre la couture ici à la Mission. Chouette !

La nuit se passe. Nous dormons sur le terrain de Papa à côté de sa maison en briques, non finie. Le gardien de nuit a préparé un feu. Un copain se joint à lui pour lui tenir compagnie. Ils discutent et écoutent de la musique jusque tard dans la nuit à deux mètres de nous. Dans la nuit, nous entendons le son des djembés et ce jusqu’au petit matin.

Il est 5h30, nous sommes vendredi 6 septembre.
Stéphane part pour la ville avec Amiel, l’assistant de Papa. Ils prennent tous les deux un taxi-vélo pour 10 Méticals pour acheter l’huile, la graisse et du « Omo » pour le lavage des mains. Papa me demande si je veux me laver et me montre les sanitaires. Toujours à l’extérieur des maisons. Un trou, un sceau remplit d’eau et pichet, côté toilettes. Idem pour la douche.

Stéphane en Vélo-Taxi

Je regagne le bar/restaurant face à la Mission pour y finir cet article, qui d’ailleurs n’en finit pas…il y a toujours un nouvel évènement qui se profile, mais je vais m’arrêter là.
Notre partirons dès que Papa aura finit son travail. D’ici là je vais faire un tour à la mission, pour rencontrer les étudiants qui vont présenter leur projet,…et les femmes pour la couture.

Papa et Ernest, le traducteur

« Mozambique, un pays à apprivoiser ». Pourquoi ce titre ? Ce même pays, de part son histoire, souffre de préjugés, invitant peu de voyageurs à s’y rendre et c’est dommage. Car les paysages sont de toute beauté. Ce doux mélange de culture portugaise, swahili, indienne, africaine,… lui donne une identité à part, dans ce beau continent d’Afrique. Et puis il y a ses habitants. Tout d’abord fermés et distants dans une première approche, mais qui, au contact, aux 1ers pas et sourires, s’ouvrent mais avec parcimonie. Je sens la souffrance passée et la méfiance envers l’autre. Mais aussi solidaires et prêt à aider en cas de difficulté. Sur la route, un routier s’est arrêté et a fait demi-tour pour nous demander si nous avions besoin d’aide.

« Nous sommes ensembles » disent les africains.

Une réflexion sur “Mozambique, un pays à apprivoiser

  1. Claudie Gourdel

    Quel régal !
    Je pense que le journalisme est une corde à ajouter à ton arc.
    Bravo pour toutes ces précisions et faites bien attention 3 vous.
    Hâte de lire la suite.
    Courage et persévérance.
    Des bisous.
    .

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