En panne au Mozambique

Après avoir quitté Mocuba, et la réparation express de « Papa », le mécanicien de Mocuba, nous reprenons notre route vers le Sud, en croisant les doigts pour que Fendi tienne le coup. L’injection d’huile mélangée à la graisse devait tenir jusqu’en Afrique du Sud, disait « Papa ». Mais nous perdons de l’huile. Le joint de silicone n’est plus étanche. Nous nous arrêtons tous les 100 km et roulons à 70km à l’heure maximum.

Nous croisons des manifestants à tout bout de champs. Prochaines élections mi-octobre.

Les défilés sont accompagnés de chants et de musique. De part et d’autres les drapeaux du Friremo, du Renamo et du MDM flottent au vent.

Au bout de 5h de route et 300km, nous nous arrêtons au Cuacua Lodge, à Chimuara, près du fleuve Zambèze. La nuit tombe déjà et la pluie aussi. Nous venons juste de dîner et de prendre une douche, froide.

Samedi 7 septembre.

Nous empruntons le pont de Dona Anna. Le pont est payant. 100 Méticals (1,5 euros). 100 km de route. Nids de poule à profusion.

Nous roulons à présent 30 km/h. de la « Bad Road » sur 150 km encore. « C’est pire que les routes d’Etosha ! » lance Stéphane. La route est en travaux. Circulation alternée ou déviée. Des branches, en guise de pylones, sont posées sur la route interdite. Il faut tenir. Garder l’allure. Il commence à pleuvoir. La route est maintenant boueuse.

Beaucoup de monde sur la route. Des enfants vendent du maïs grillés, des bouts de manioc, des bouteilles de plastiques remplies de gasoil ou d’alcool. La région est dévastée, le cyclone Idaï est passé par là. Les gens ont faim.

Paysages de terres brûlées. Le peu de monde sur les routes, les déchets qui jalonnent sur les bas côtés, les gouttes qui continuent de tomber, donnent un air de désolation au Mozambique de l’intérieur.

Nous arrivons au Parc de Gorongoza. Le ciel est toujours voilé. Le camping est tenu par la communauté locale. Des dons sont autorisés. Deux hommes nous accueillent, préparent un feu pour la douche, un autre pour notre campement. Nous sommes comblés. La température a chuté. 20°. L’endroit est sauvage.

Le Parc de Gorongoza est à quelques mètres. Le braconnage intensif du passé, la guerre civile, ont marqué les éléphants et lions.

Dimanche 8 septembre.

Réveil à 5h30. Nous reprenons la route, toujours à 30km à l’heure, toujours sous la pluie.

Un homme, marche sur la route. Nous lui proposons de l’emmener sur les 7 km. La plupart des mozambicains des zones rurales n’ont pas de voiture. Les déplacements se font à pieds, en vélo ou en Chapa (taxi-bus). Les distances parcourues à pied sont incommensurables.

La route est bonne sur 50 km. Puis, les nids de poule refont surface. Les contrôles de police/militaires sont nombreux. La plupart du temps nous passons, sans qu’ils nous demandent de s’arrêter.

Lorsqu’ils nous demandent de nous arrêter, se sont toujours les mêmes questions (en portugais):

  • « Boa dia » (Bonjour)
  • « Come voce esta ? » (Comment allez-vous ? )
  • « Estou Bem » (Je vais bien)
  • « De onde vieste ? » (D’où venez vous ?)
  • « Somos de… » (Nous venons de …)
  • «  Onde vais ? » (Où allez vous ?)
  • « Vaos para … » (Nous allons à …)

Et parfois ils nous demandent de l’eau ou quelque chose à manger. Nous ne donnons jamais d’argent pour ne pas encourager la corruption.

Stéphane s’arrête un peu plus loin, près d’une école, pour laisser refroidir Fendi et remettre de l’huile. De la fumée est sortie de sous la boîte de transfert…

La pause s’impose. Une famille portugaise , avec leur Land Rover Discovery, s’arrête pour nous demander si nous avons besoin d’aide. Ils se rendent également à Vilanculos.

Muxungue

Nous reprenons la route et nous arrêtons à Muxungue pour faire des courses et racheter de l’huile. C’est le pays des ananas ici. La négociation s’impose. Le prix est multiplié par deux, voire par trois, pour les touristes.

Nous faisons une halte pour la nuit, chez Willie au Buffalo Camp, à Macequesse, sur les conseils des portugais. Willie est de bons conseils et essaie de nous trouver un mécanicien sur notre route vers Vilanculos.
Il reste encore 200 km à traverser. Pas question de tomber en panne sur ces routes désertes, où seuls quelques Trucks, tracent la route à vive allure.

Nous dînons avec Willie, un sacré aventurier. 4 participations au Paris-Dakar (en Quad / Moto 250 KTM), ancien militaire, professeur dans la légion, et maintenant propriétaire d’un vaste territoire (+ de 600 000 hectares), cet homme n’a pas froid aux yeux ! Véritable tête brûlée avec de l’énergie à revendre. Un ami l’appelle « la pile Duracell ». Un accident récent, au commande d’un buggy de course, lui a valu une nuque cassée et plusieurs fractures. Son visage a gardé des séquelles.

Le lendemain, la traversée du Rio est impressionnante, tellement le pont est long. A l’issue, un nième contrôle de police et militaire. Ils sont 7. Fouille du véhicule. Puis 4 dollars sont demandés à Stéphane. Ce dernier fait mine de ne pas comprendre et oriente le militaire corrupteur vers moi. Il me prend un stylo et un bout de papier et note « 4 dollars ». Je lui demande : « Why ? », « What are you doing for me for 4 dollars ? », la question le surprend. Je lui dis, avec le plus beau de mes sourires, que je veux bien lui donner quelque chose…et je lui donne notre carte de visite des Baroudeurs de sens et l’invite à nous suivre. Tout le monde sourit, c‘est déjà un beau cadeau !

La barrière est levée. La route est reprise.

Puis un autre arrêt de remplissage d’huile. La route nous paraît terriblement longue…

Vilanculos. Nous comptons les derniers kilomètres. On y est ! Direction le garagiste mécanicien Douglas, prévenu de notre arrivée par Willie, du Buffalo Camp. Il est 16h. Douglas nous propose de nous voir le lendemain au camping.

Finalement, Douglas, après essais et démontage nous annonce : « Vous ne pouvez pas rouler comme ça ! Va falloir changer la boîte de transfert ! ». Seulement ici au Mozambique, les Land Rover ça court pas les rues. Willie était prêt à nous aider pour commander la pièce en Afrique du Sud. Seulement Douglas, nous le déconseille. « Why ? » je demande. Le problème c’est les douanes ici, pas DHL. « Au moment de  récupérer ta marchandise, ils te demandent un petit supplément. Et si tu as le malheur de râler, ils vont garder la marchandise encore plus longtemps. Cela peut durer des semaines. ». Notre visa expire le 23 septembre. Ne prenons pas de risque. Douglas va tenter d’en trouver une d’occasion. La recherche durera deux jours. Fendi nous reviendra au bout de 5 jours. Nous improvisons un bivouac avec une vieille tente emmenée au cas où. Entre temps Douglas a contracté la Malaria, très répandue au Mozambique. Certains disent aussi qu’il s’agit du « Babalaria », pour les lendemains de cuite. Hi, hi,…

Nous prenons notre mal en patience. Ce qui ne devait durer qu’une ou deux journées durera une semaine…

Une semaine au Baobab Beach Lodge, à Vilanculos. Pourquoi ce choix ? Nous souhaitions y retrouver Elodie et Maxime rencontrés au Lac Malawi, mais comme nous avons mis plus de temps que prévu, nous nous sommes juste croisés sur la route. Eux en car, nous avec Fendi à l’arrêt.
Vilanculos est également un point stratégique pour visiter les iles paradisiaques de l’Archipel de Bazaruto, avec ses fonds marins riches en poissons, coraux et les Dugongs, un des rares endroits en Afrique où l’on peut les approcher. On peut aussi y faire du canoe/kayak, du snorkeling ou de la plongée sous marine.

Nous n’irons pas sur les Iles. Le montant reste élevé (80 euros/personne). Avec les réparations de Fendi, va falloir se resserrer la ceinture. Et puis il faut en laisser un peu pour la prochaine fois. C’est ce qui nous différencie peut être du touriste classique, qui dans un laps de temps va faire toutes les activités « à faire », parce qu’il est là pour ça. « Et que ca serait dommage de ne pas en profiter ». Nous croiserons certainement d’autres endroits aussi beaux et moins chers. Du moins c’est ce que nous nous disons.

Vilanculos, Chants et bruits du matin


Le temps est occupé à faire des lessives, préparer notre prochain shipping, étirements, footing et balades le long de la mer ou en ville, à 10 minutes de là, courses au marché (poisson séché, fruits et légumes), parfois nous ne faisons rien, juste à regarder la mer….écrire et lire (retrouvez toutes nos lectures dans la page « Lectures de voyage » dans le menu du haut).

J’ai trouvé un joli tissu au marché. La Capulana. Bien décidée à réaliser une robe. Pour les coutures, je suis allée chez un couturier qui a bien voulu me prêter sa machine à coudre, mais c’était une industrielle, pas l’habitude mais j’ai fini par m’en sortir.

ET puis il y a les rencontres, les moments de papotages, les échanges avec des voyageurs venus des quatre coins du monde. Nous sommes dans un Backpackers.

A notre arrivée, 60 roumains ont débarqués le lendemain. Leur car s’est ensablé devant le camping. Stéphane a prêté nos plaques de désensablage. Une vingtaine de gars sont venus prêter main forte. Ils auront mis deux jours pour réussir la manœuvre…Ca faisait de l’attraction dans le camping. Nous avons sympathisé avec Mircea et Amalia et passé deux belles soirées à refaire le monde. Ils nous ont invité à Bucarest.

Une jeune américaine Christine, venue de San Francisco. D’une douceur et gentillesse incroyable, voulant même nous inviter à dîner, nous voyant dans l’embarras avec nos soucis mécaniques. Chritina et Stefan, un couple d’allemands voyageurs de Bremen, avec qui nous échangeons des bons plans. Puis un couple d’italiens, Francesca et Emmanuel, de Bologne et Sardaigne, des expats travaillant pour une ONG italienne dans l’agriculture et le social. Plus particulièrement Emmanuel travaille avec les locaux du centre du Mozambique sur l’apiculture, le sésame et la culture des légumes. « La technique de la terre brûlée (pour fertiliser la terre) est une menace pour les abeilles, la forestation.  » nous précise-t-il, mais « ces habitudes locales sont difficiles à changer ».

Nous en profitons aussi pour déguster quelques plats locaux : calamars, chamousas samosas (triangles en pâte frite, à la viande ou aux légumes, des Matapa, feuille de manioc cuites dans une sauce aux arachides avec crevettes ou crabe.

Demain nous reprenons la route. Nous avons passé notre journée à nettoyer Fendi et ranger. La nuit sera propice au sommeil profond.

8 réflexions sur “En panne au Mozambique

  1. Claudie Gourdel

    Quelle aventure ! Vous avez ainsi le temps d’ en savoir plus encore et nous attendons tout le temps le prochain chapitre …
    Cette semaine, je vais sur Fougères préparer les 50 printemps de Virginie, Grande fiesta samedi prochain ( 110 invités ). Didier et Claude sont venus 3 jours chez moi et je leur ai indiqué votre site … bonne continuation, prenez soin de votre monture … bises

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  2. Jacques-Fabrice VIDAL

    Hello les voyageurs,

    Bravo pour toute l’énergie dont vous faites preuve !
    C’est un plaisir de pouvoir suivre vos aventures avec autant de récits et photos.

    Je suis sur que vous arriverez à surmonter les difficultés mécaniques du moment et si vous avez besoin de soutien technique à distance n’hésitez pas a demander.
    Jacques-Fabrice.

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  3. Mado Bonnenfant

    Super votre épopée … ça nous rappelle la nôtre car Jean Paul et moi sommes des voyageurs comme vous … la route on connait … les pannes aussi … et avons passé pas mal de mois au Mozambique. mon FB Madeleine Bonnenfant.

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