Swaziland ou l’eSwatini

Le jeudi 2 octobre 2019.

Nous quittons l’Afrique du Sud pour le Swaziland, appelé depuis 2018, l’Eswatini.
Petit pays de 17 600 km2 (large de 130 km et long de 200 km), 1,4 millions d’habitants. Dernière Monarchie absolue d’Afrique. Le Roi Mswati III, 51 ans, et ses multiples épouses. Quinze je crois. Nous sommes impatients de découvrir cette nation pauvre de l’Afrique Australe, où l’espérance de vie est une des plus faibles : 51 ans. Mon Dieu !

Le poste de frontière de Bulembu est peu fréquenté. Nous y sommes les seuls. Cela aurait pu être notre record en rapidité de passage à la douane, si l’imprimante du reçu de la « Road Tax » avait fonctionné correctement. La patience est de mise. L’Afrique. Le petit bout de papier fini par sortir de son habitacle au bout de 20 minutes d’attente. Je tente quelques échanges avec le douanier. « Comment ça se passe en ce moment au Swaziland au sujet des manifestations contre la monarchie ? ». Son visage reste immuable lorsqu’il me dit : « vous n’avez rien à craindre, tout est calme ! ». Stéphane me dira plus tard : « T’es gonflée de lui poser cette question ! Il travaille pour la Monarchie ! ». Je suis parfois comme « Candide » dans Voltaire. Naïve et spontanée. Cela peut déranger et surprendre ou amuser.

J’ai le temps d’observer aussi le décor. Nombreuses photos du Roi Mswati III, de la Reine Lamatsebula, des danses traditionnelles colorées, les sourires des femmes. Revues touristiques valorisant l’Eswatini. Un peu plus loin,boîtes de lubrifiants et de préservatifs à disposition sur une étagère. L’ Eswatini connaît un taux d’VIH/SIDA des plus élevé avec plus de 27%. Autre réalité.

Vers Pigg’s Peak, 18 km de « Bad Road ».
La route est particulièrement mauvaise. Une des pires certainement depuis les pistes d’Etosha. Nous apercevons au passage les maisons en dur, blanches et puis plus loin, l’ancienne mine d’amiante de Bulembu. En activité de 1936 à 2001. 10 000 mineurs à son apogée, y ont laissés beaucoup de sueurs et la santé.
Le soleil est de retour. Le paysage est en relief. La partie ouest du pays est des plus montagneuse. Le mont Emlembe, à 1852m d’altitude, près de Pigg’s Peak, est son point culminant.  Décors de cinéma. Herbe verte, gros rochers. « C’est magnifique !!! » je m’exclame.

Un peu plus loin sur la route, une énorme fumée s’élève. Que se passe-t-il ? Des gens s’activent, tout autour. Un camion, après une descente prononcée, le pneu en feu, est venu se renverser et s’écraser au delà de la bordure autorisée. Les gens se précipitent pour récupérer la marchandise « tombée du camion ». Pas qu’une expression. Pas joli, joli !

Nous montons en altitude et décidons de passer la nuit dans la Sobantu Guest Farm, dans le district de Hhohho :
Il est 16h et nous voulons profiter de ce beau soleil. Nous nous installons rapidement pour prendre une bière locale, la Sibebe, rafraîchissante, en terrasse. Nos regards portent sur la vallée, à perte de vue. Le silence est de mise devant tant de beauté.
Puis Stéphane se prépare pour prendre une douche et revient rapidement. « Il y a un rat dans les toilettes ! » me dit-il surpris et amusé à la fois. Je vais voir le rat et préviens Sam, l’employé de la Guest Farm. Lui même envoie son chien, qui finira par le capturer. Stéphane prendra sa douche, côté femme.
Le vent se lève. Difficile de faire la cuisine dans ces conditions. Bonne excuse pour s’autoriser un repas à la ferme dont le prix des plats est dans nos moyens : 3 euros/plat. Stéphane choisit un poulet frites et moi un Hake & chips (poisson de rivière & frites).
Question spécialités culinaires il n’y a pas grand choix ici au Swaziland. Le Burger & chips est une autre option. Mon premier choix se porte sur un plat traditionnel le Mealie Pap (porridge de maïs) avec une viande en sauce, mais il n’y en a plus.  
Puis un feu est allumé dans la cheminée. L’endroit est familial, simple et propre. « On se croirait presque à la maison » me dit Stéphane, confortablement installé dans un des fauteuils cosy du salon, les joues rougies par le feu.

Le vendredi 3 et 4 octobre 2019.

La Malolotja Nature Reserve.
Au programme : balade de 3h avec pique nique. L’Eswatini est un pays idéal pour les activités de plein air, notamment dans les parcs et réserves : randonnées, à pieds, à cheval, en vélo, observation des oiseaux, la pêche,…pour d’autres le golf, le quad, le rafting, l’escalade…

En fin d’après midi, nous filons vers le Mlilwane Park et nous nous posons dans le camp site pour deux nuits. La réserve écologique a été créée par Ted Reilly dans les années 50, dans sa ferme familiale.
Balade à travers le parc. Nous croisons zèbres, springboks, Kudu, et de nombreux oiseaux et même un énorme crocodile.

Chant des oiseaux
chant d’Ibis


La foudre y déclenche de nombreux incendies d’où de nombreux arbres brûlés et son nom « Mlilwane », qui veut dire « Petit feu », dans la langue swazi. Le pic vertigineux de Nyonyane offre de belles randonnées. Ce parc est également réputé pour sa faune et sa flore, ses reliefs. La rencontre avec les phacochères, zèbres, antilopes, crocodiles, oiseaux rares nous enchante et nous apaise, comme à chaque fois. Là, marcher auprès d’eux est un moment de pure extase. La « Wildlife ». La nature sauvage. Toujours elle.

Danse et Chant Swazi 1
Danse et Chant Swazi 3
Danse et Chant Swazi 4

Le soir nous assistons à une des danses traditionnelles de l’Eswatini. Les femmes ont noué leur rectangle de tissu rouge, motifs, à l’effigie du Roi, sur jupe longue jusqu’à mi mollets. Elles lancent leurs jambes au rythme des tambours. Les hommes, eux, sont vêtus d’un pagne en peau de springboks et autres peaux comme bracelets ou serre bras.

Lobamba, l’Ezulwini et Malkers Valley.

Lobamba, capitale royale et législative, est une grande ville, comme Mbabane, la Capitale de l’Eswatini ou comme Manzini. Lobamba, avec Ezulwini et Malkers Valley, acceuillent levaste palais royal, « Embo State Palace », la Residence du « Prime Minister », les villas royales, le Mémorial du Roi Sobhuza et le musée.

La visitedu musée de Lobamba est un bon moyen pour connaître l’histoire et la culture du Swaziland. 50 ans de colonisation britannique. Indépendante depuis 1968.

Les différentes fêtes traditionnelles y sont expliquées.

L’Incwala, fête les récoltes, dure une semaine, a lieu en décembre ou janvier.

Umhlanga Reed Dance, plus connue sous le nom de la danse des roseaux, a lieu en août ou septembre. 20 000 jeunes filles vierges, se rassemblent pour la réfection de la maison de la Reine. C’est aussi l’occasion où le Roi Mswati III choisit ses épouses. Car Monsieur en a plusieurs…Son prédécesseur a eu plus de 200 enfants.

Sibhaca est une danse traditionnelle réservée aux hommes.

Buganu, a lieu en février, lors de la récolte du Marula. Le Marula est un arbre appelé aussi « arbre-éléphant », donnant des fruits ronds vert/jaune riche en vitamine C. Le noyau est riche en lipides. Le fruit est consommé frais, en huile, pour la cuisine ou à titre thérapeutique (contre la Malaria ou contre les tiques pour les animaux).

Sur la route, nous sommes surpris par l’évolution rapide du pays. Routes et immeubles en construction, centres commerciaux modernes, terrains de golf, ….alors que le pays connaît un taux de chômage de plus de 34 %. Seulement 10% de la population détiennent 50 % des richesses. Les grèves récentes des fonctionnaires et retraités témoignent d’un mécontentement grandissant envers la monarchie, qui s’oppose, parfois violemment, à la formation des syndicats. D’ailleurs les partis politiques sont interdits. Il n’y a donc pas d’opposition ou d’esprit critique, au sens démocratique. Aux dires de quelques swazis, avec lesquels nous avons pu échanger, l’argent investit n’est que de la poudre aux yeux. Question d’image, aux yeux du monde. « Construire un bel aéroport au nom du Roi, en est un exemple» s’inquiète une femme swazi, plutôt aisée. Elle m’explique combien les gens sont pauvres. Le salaire moyen d’un employé de maison est de 650 Lilangeni (SZL), la monnaie locale. Ce qui représente environ 40 euros ! Pour 6 jours de travail par semaine, de 7h à 16h. Un artisan gagne 1300 Lilangeni, et les retraités touchent une pension de 400 Lilangeni. Allez nourrir une famille nombreuse élargie avec ça ! 70 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. De la poudre aux yeux.
J’écoute cette femme aisée s’inquiéter du sort de ses pauvres compatriotes. Elle m’explique qu’il faut donc employer plus qu’il n’en faut, acheter de la nourriture en plus, payer les soins, les écoles,….
Partager, tout en maintenant un certain statut, de privilégiés. Ici « on ne mélange pas les torchons avec les serviettes », pourrait-on dire. Une distance invisible mais ressenti et qui se manifeste par les gestes, regards, attitudes. Tout en discutant, les ordres sont donnés. Ton directif. Le petit personnel s’exécute sans broncher. On pourra presque y croire à cette belle histoire. Si elle n’avait pas rajouté, comme pour se justifier : « Nous travaillons très dur, toute la journée mon mari et moi », ce que je ne remets pas en question. Mais j’ai une sensation bizarre à propos de cette théorie des emplois +++. D’un côté on donne du boulot aux gens, donc un support pour toute la famille, mais d’un côté on maintient une dépendance, une différence des genres, une distance entre aisés, nécessiteux et une image de la réussite est entretenue et visible, pour ceux qui sont entourés de tant de domestiques. Si nous avons parfois du mal à déléguer dans nos boulots, ici cette compétence excelle. Mais j’ai là mon regard d’européenne, pardonnez moi.

Nous parcourons la ville et faisons quelques achats de nourritures près d’un centre commercial moderne, de Lobamba. Un autre contraste. J’y fais la connaissance de Pénélope, femme élancée, la cinquantaine, le regard noisette et pétillant. Elle fabrique et vend ses bijoux, après une reconversion. « Trop de gens à se plaindre toute la journée. Il me fallait faire ce que j’avais vraiment envie ! » Bon choix car ses bijoux sont colorés et de bonne qualité. Je craque pour des boucles d’oreilles et un bracelet. « We stay in touch ! » (on reste en contact) je lui lance, avant d’avoir pris son numéro de téléphone et de la quitter. Parfois les rencontres sont brèves mais intenses. Le courant est passé. Nous partageons la même passion, le même « Vibe », comme dit Pénélope : les couleurs, l’originalité et le travail bien fait.

Puis nous redescendons vers le Sud. Sur la route nous apercevons des champs de cannes à sucre coupés. Des cannes à sucre jonchent le sol. Des voitures s’arrêtent. Les passagers ramassent les cannes disponibles et les mettent dans leur voiture ou les mangent sur place. Le pays est prioritairement agricole : sucre, coton, tabac, riz, maïs sont les principales productions du pays.

Nous nous arrêtons  du côté de Big Bend, dans l’Entsabeni Backpackers. Un immense terrain accueille autruches, phacochères, zèbres, oiseaux en cage, ….la propriétaire nous fait même voir un cobra attrapé dans l’après midi, par un de ces employés. Heum….heum pas très rassurant !

La propriété est vaste. Le propriétaire des lieux a une énorme collection de motos, vieilles voitures. « Il est fou » dit Stéphane. Celle qui a retenu notre attention est américaine et appartenait à un ancien dealer de coke aux US.
Le Backpakers est superbement bien aménagé. Une petite maison à nous. Une grande cuisine, deux salles de bain, cinq chambres, un grand séjour, 1 grande terrasse donnant sur le domaine où circulent librement les autruches, zèbres, poules, dindons,…Nous y sommes les seuls. Des privilégiés.
Le lendemain, peu avant notre départ, je décide de « lancer » un programme rapide de lessive. Peu de temps après Stéphane s’exclame : « Shit ! », de l’eau déborde de la salle de bain. Le tuyau d’évacuation a cédé. J’appelle la propriétaire. Le linge sera relavé, séché et plié, par les petites mains de la propriété. Nous restons un jour de plus, négocié à moitié prix. Trop tard pour nous rendre à la Mkhaya Game Reserve. Les visites démarrent à 10 h. Il est 10h30. C’est une réserve privée, oeuvrant contre le braconnage et la protection des Rhinocéros.

Il fait chaud, très chaud. Plus de 36°. Pas un brin d’air. La nuit la température baisse à 23°. Le lendemain nous faisons un petit tour aux environs. Peu de monde dans les rues ou le long des routes. C’est dimanche, jour du Seigneur. Nous découvrons des tenues nouvelles : uniformes, soit tout en blanc, soit la blouche/veste en bleu, vert,…le pantalon toujours blanc. La matière est la coupe ressemble à nos bleus de travail, donc les employés sont également vêtus la semaine.
Le Swaziland compte 40% de sionistes, 20% de catholiques et 10% de musulmans.
Nous prenons la route vers le sud, la sortie du Swaziland. La réserve de Mkhaya Game Reserve n’est visitable que par réservation. Impossible de les joindre. Nous restons devant la grille. On ne gagne pas à tous les coups.

Cette petite semaine au Swaziland, laisse un goût amer. Même si l’école est gratuite depuis peu pour la primary school, que les gens croisés sont incroyablement gentils et souriants, que les paysages sont d’une beauté absolue, nous ne pouvons ignorer cette pauvreté masquée.

le bleu représente le ciel, le rouge = la fertilité de la terre, le jaune = l’or.

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