L’interminable confinement bolivien

Confinement jusqu’au 30 juillet, avec quarantaine rigide décrétée jusqu’au 10 juillet. Voilà plus de trois mois que nous sommes confinés en Bolivie, dans le petit village de Combuyo, dans la ferme agroforestière appelée Mollesnejta de Noemi. Quelle est la situation sanitaire en Bolivie ? Comment est gérée le confinement ? Où en est le projet des Barbijos ? Comment passons nous nos journées ?

Découvrez nos quelques rencontres, malgré le confinement. Nos deux semaines de liberté avec Fendi, avec panne. Des sons, de la musique, des recettes de cuisine boliviennes et une revue de presse.

La situation au 12 juin 2020*

Avec de la musique andine pour adoucir la situation :

Musique andine 2

Le pays comptait un peu plus de 16 000 cas, et plus de 400 décès. Cochabamba, située à 30 km de Combuyo où nous sommes actuellement, arrive en deuxième position, après Santa Cruz, pour son nombre de cas infectés du COVID-19.
Si les règles diffèrent en fonction des régions, voire des communes, les nouvelles restent parfois contradictoires. Il ne faut pas s’aventurer à plus de 500 m de son domicile, à pieds ou en vélo. Pour notre part nous nous rendons à pieds à Vinto, à 8 km de Combuyo sans jamais être importunés. Parfois nous sommes aspergés de produits désinfectant à l’approche des barrières d’entrée ou de sorties d’une commune. Une autre fois, la circulation des véhicules était permise en fonction des jours et du numéro de la plaque d’immatriculation, paire ou impaire. Maintenant nous pouvons circuler la journée. A 18h c’est le couvre feu jusqu’à 4 h du matin. C’est à y perdre son latin. Ce qui est sûr c’est que le pic arrive ici en Amérique du Sud et notamment en Bolivie. Le nombre de décès officiel reste assez bas par rapport au nombre d’habitants (11 millions), mais je soupçonne des décès non diagnostiqués pour cause de Coronavirus à cause du manque de moyen, de tests pour identifier la cause des décès.

« Les hôpitaux de Cochabamba croulent sous les demandes et ne peuvent plus faire face aux nombreux cas nouveaux qui se présentent aux portes des centres de soins », pouvait-on lire dans le quotidien national « Los Tiempos ».
*voir la situation au 2 juillet 2020, en fin d’article

L’impossible distanciation

Si pratiquement la plupart des boliviens portent un masque il faut bien constater que les distanciations d’un mètre cinquante ne sont pas respectées. Il suffit d’aller au marché de Combuyo, de Vinto ou de Quillacollo, sans parler de Cochabamba pour s’en rendre compte.

L’autre jour, nous nous sommes rendus à l’hôpital, entre Combuyo et Vinto pour faire une analyse des mes selles. Les parasites se sont infiltrés. Consommation de salades, de légumes crus ou de viandes pas assez cuites et voilà le résultat ! Tout ça pour vous dire que l’hôpital était désert. Curieusement ! Propreté irréprochable mais désert.

« Que se passe t-il ici ? Pas de malades ? » j’interroge le personnel présent, visiblement pas débordé. L’analyse dure 30 minutes. La consultation avec un médecin, presque immédiate, me prescrit deux médicaments antiparasites. Puis j’explique notre projet des masques à Monica, employée à l’accueil, toute heureuse de rencontrer des français. Elle n’a pas arrêté de me poser des questions lors de ma venue. Et ça fait du bien ! La curiosité, l’intérêt pour l’autre… mon Dieu comme cela nous manque !

Peu avant le départ de l’hôpital je déballe nos masques. Coup de cœur ! Même le médecin est intéressé. Monica sort son téléphone pour immortaliser ce moment. « Viens avec nous me dit-elle ! » je me glisse derrière le comptoir de l’accueil… Deux autres employées arrivent. Chacune choisit son masque et c’est parti pour la séance photo. Le médecin me dit de me rapprocher. « Nous sommes 4 et tout le monde doit rentrer sur la photo ». Et la distanciation ? Non impossible !

Stéphane est resté dehors. Il se demande bien ce qui se passe ? Il entend les rires, aperçoit les séances photos. Des patients arrivent. La photo prime. J’entends un patient qui s’impatiente et toque à la porte. La photo d’abord. J’adore ces moments, incongrus.

Après les échanges de numéros de téléphone avec Monica, je me glisse à travers la porte de sortie des urgences. Stéphane m’attend à l’extérieur depuis près de ¾ d’heures. Monica me lance un : « tu repasses nous voir hein ? ». « Oui Monica, je repasserai te voir, avec d’autres masques à donner aux visiteurs », trop contente d’avoir une nouvelle amie bolivienne.

Nous revenons sur nos pas. Il est 12h. Plus personne sur le petit marché de la place de l’église. Ca sera pour une autre fois pour la distribution des masques. Demain nous irons au marché de Combuyo, distribuer nos dernières réalisations.

Le projet « Un Barbijo che dura para todos », ça donne quoi ?

800 masques commandés dont 500 pour les boliviens.
Plus de 250 déjà distribués grâce à plus de 70 participants.

12 juin, en route vers le Marché

Grâce à la participation de plus de 70 personnes, nous avons déjà pu distribuer plus de 250 masques auprès des boliviens à ce jour. Et ça n’est pas fini ! Il nous reste 250 à produire pendant le confinement et à distribuer après le confinement rigide, c’est à dire le 10 juillet.

Trois entreprises de Machecoul nous ont également commandés 100 masques chacune avec leur logo, et 300 masques reviennent donc aux locaux. Il s’agit de Foucault Recyclage de Sébastien Foucault, d’Olivier Brissonneau Menuiserie et d’Axion (produits Maraîchers) de Cyril Thabard. Les trois amis ont choisi une manière originale de remercier leurs clients en fin d’année en leur offrant un masque avec une histoire à raconter, celle d’une belle solidarité.

Maintenant les gens de Combuyo nous reconnaissent, viennent vers nous et nous saluent. C’est vraiment chouette. J’aperçois Sara avec le parasol jaune et bleu rayé. Celui qu’on lui a laissé. Bien plus utile pour elle que pour nous. Le marché attend un agrandissement. Trop de gens sont sous le auvent ou en plein soleil toute la matinée.

Le projet des masques est d’envergure…merci à vous !

Si nous avons réalisé, au début du projet, une cinquantaine de masques à la main, sommes passés par la machine à pédales de Dona Crescencia, loué les machines à coudre de Betty, la couturière du village de Combuyo, avec qui nous avons sympathisé, nous voilà en possession d’une machine à coudre Singer « vintage » acheté d’occasion à Cochabamba, sur le marché de la Cancha.

Sandra, couturière à Vinto

Bien plus pratique que d’aller à Vinto, là aussi j’avais trouvé une couturière, Sandra. Elle voulait bien me prêter sa machine. Je lui ai montrer comment faire les masques. Mais Vinto, c’est 8 km à pieds !

Un vrai travail d’équipe.

Je fais tremper les tissus d’Aguayo dans du vinaigre, pour préserver la couleur, je les lave, je les fais sécher. Je coupe mes carrés de tissus. Stéphane plie et assemble. Je finalise le montage. Betty et moi cousons. Stéphane coupe et retourne. Maintenant je peux aussi coudre à la ferme avec la machine « vintage » et aller chez Betty pour utiliser son « overlock machine » pour les finitions. Parfois Betty annule notre RDV car elle doit aller travailler au champs avec toute sa famille. Là aussi, toujours s’adapter.

Le projet est une réussite.

Combuyo compte environ 400 habitants. L’idée de départ était de distribuer les masques aux personnes du village, en priorité aux commerçants des Tiendas et des marchés, personnes âgées et femmes avec bébé. Mais également dans la rue, au gré des rencontres.

Après le marché de Combuyo, de Païrumani et de Cochabamba, il nous reste ceux d’Iskaypata et de Vinto.

12 juin, le retour du Marché de Combuyo
Il est toujours temps pour commander votre masque bolivien et partager à notre projet solidaire. Cliquez ici pour les infos !

« Qu’est ce que vous faites toute la journée ? », nous demande t-on souvent.

Avec la musique andine 1

Faut-il toujours être en action ? Remplir sa journée pour se rassurer ou pour éviter de penser ? Et si on prenait le temps de ne rien faire ? De s’arrêter, d’écouter, de regarder, de sentir le monde qui nous entoure ?

Les tâches à la ferme sont toujours les mêmes : arroser les plantes et jeunes pousses dans le Vivaro et les parcelles chez Niels et Christian, enlever les mauvaises herbes autour de la maison, veiller à ce que les chiens du haut, Flocon et Marron et le petit chat gris aient à manger, surveiller la maison de Noemi, câliner les lamas, ânes, chat et chiens…ranger, nettoyer…..Stéphane et surtout Axel font des petites réparations en électricité et plomberie, installation de pompes, poteaux électriques, etc…
Si Axel est toujours en mouvement et a pu réparer tout ce qui était réparable dans la ferme, Stefanie, elle, investit son temps dans son avenir professionnel. Elle vient de finir son blog de coach, fait de la gym, suit des cours de coaching ou de méditation à distance, lit, sous le soleil de Mollesnejta. Les travaux physiques et manuels ne sont pas trop sa tasse de thé. Elle a pourtant participé à la construction des deux murs, avec sérieux.

L’incroyable Stéphane ! Cuisiner, coudre, converser, câliner, réparer, porter,….un homme d’adaptation !

Le deuxième mur en pierres est donc fini. Ouf !

Les courses prennent du temps. A pieds, les plus grandes villes se trouvent à 6, 8 kilomètres. Retirer des sous, trouver des aliments introuvables dans les Tiendas à Combuyo, comme acheter les tissus Aguayo et les élastiques,…Parfois pas le choix, on y va. La cuisine aussi prend du temps avec les produits frais.

La routine s’installe. Les rencontres s’amenuisent.

Le lundi je fais aussi les lessives, le mercredi et vendredi nous faisons un tour au marché de Combuyo, le jeudi nous nous rendons à Vinto pour les courses, le samedi la journée du pain, si Dona Crescencia veut bien préparer le four à bois avec Don Dimetrio.

Jour de la fête des mères et anniversaire de Don Dimetrio.

Parfois il lui manque de la farine ou de la levure, ou quelques gouttes de pluie tombées du ciel…et le four ne sera pas allumé, alors que ma pâte est prête. Il faut composer. Je fais aussi cuire mon pain à la poêle, solution de dépannage, avec quelques gouttes d’huile et un couvercle.

J’ai commencé par des gros pains et j’ai finis par faire des petits pains, plus faciles à cuire dans un four où soit la température est soit trop chaude, soit le feu s’éteint et ça dure une éternité. Quelle fierté de pouvoir faire son pain soi-même ! Mon grand père Charles, boulanger, aurait été fier de moi.

De l’importance de la présence des animaux

Les animaux sont là et nous tiennent compagnie. Le petit chat gris, je l’ai surnommé « Moïsi », miaule toujours autant, même lorsque je viens de lui donner à manger. Maman dit que « c’est parce que sa maîtresse lui manque ! ». Flocon était au bord du gouffre. Attaqué par des tiques à l’oreille droite, on pouvait voir un trou béant avec des pertes de sang. Grâce aux soins à l’huile de vidange, de Don Dimetrio, l’employé de la ferme de Mollesnejta, Flocon est remis sur pattes ! Un vrai miracle. Il a regagné ses quartiers et ne nous quittent plus, près de la maison de Noemi.

Andra, un des 6 autres chiens de la ferme, nous accompagne, tous les soirs, de la cuisine commune vers notre hébergement, à 500 m de là. Mais c’est aussi pour piquer la bouffe de Flocon et de Marron, ce dernier plus distant, vit aussi là haut, près de la maison de Noemi.
Les deux ânes réclament leurs câlins à chaque fois que nous les croisons sur notre chemin. Les lamas se rapprochent et nous observent avec leurs grands yeux doux.

Les « Cuy » (cochons d’Inde), eux, passent à la casserole de temps en temps. Ils finissent ainsi :

Au marché de Quillacollo

Des rencontres inespérées.

Musique andine de Carlos 3

Notre nature profonde nous pousse vers les autres, inévitablement. Avec Corona ou pas. Toujours en prenant nos précautions, bien sûr ! Le projet des masques est motivé par ce besoin d’aller vers les autres, de converser, de découvrir la vie des autres et de nous rendre utiles.

C’est ainsi que nous avons revu, à plusieurs reprises, Sara et sa petite famille. Balades, confection de masque, rendez vous au marché ou atelier cuisine. Sara et son mari Carlos travaillent toute la semaine dans les champs de salades, de tomates, de pommes de terre. Le mercredi matin, je la retrouve au marché où elle vend ses produits frais. Parfois ses enfants, Yan et Hazel sont près d’elle. Stéphane leur paie de temps en temps une petite glace, pour leur plus grand bonheur.

Sara m’a filé un sacré coup de main pour présenter le projet des masques auprès de ses collègues du marché. Elle a toujours le sourire. Elle nous parle en français et nous lui parlons en espagnol, du moins nous essayons…
Sara était présente lors de l’interview de Radio Magica, par Danielo (cf Revue de presse en fin d’art). Elle a fait la traductrice, à défaut de faire un tour au marché de la Cancha à Cochabamba. Nous sommes tombés en panne avec elle, juste avant.

Sara m’a appris à faire trois recettes : les Humitas, façon bolivienne, la Sopa de Mani, le refresco à la cannelle et Carlos, le refresco au Cupuaçu. Je lui apprends à faire le cake au citron et la soupe à l’oignon (cf. les recettes à la fin de l’article).

Avec Sara, la vie est simple. Sa cuisine est très sommaire. Son habitation aussi. Mais cela ne l’empêche pas de proposer, d’échanger, de partager, de dégager de la joie dans les rencontres.

Elle cuisine à l’extérieur, au feu de bois. La maison est en ruine, à part une pièce qui sert de chambre à coucher, avec une grande tente à l’intérieur. Sara et Carlos sont entrain d’acheter des terres à Combuyo. La plupart du temps et hors confinement, ils habitent dans un appartement à Coltapirhua, dans une grande maison qu’ils partagent avec la famille de Carlos. La plupart des boliviens vivent en famille élargie, comme Betty la couturière.
Une table est improvisée avec deux planches et un bout de rideau en guise de nappe. Une autre planche et deux bouts de bois font office de banc. A quoi bon se compliquer la vie ! Ici chacun a sa place, chacun est accueilli, simplement, mais accueilli, sans se soucier des moyens matériels. Belle leçon de vie !

L’autre jour Karin, une allemande qui vit ici depuis 11 ans, amie de Noemi, m’a éclairé sur le sujet : « Les boliviens n’ont pas de honte. Ils ne connaissent pas ce sentiment. Tout peut se faire ou presque ».

La rencontre avec Karin, Maurizio son futur mari bolivien et de Sara, 13 ans, la fille de Karin s’est faite par une belle après midi. Ils sont venus nous rendre visite à la ferme de Mollesnejta. Axel et Stefanie, le couple allemand de Münich et avec qui nous sommes toujours confinés, avaient disposés une grande table et deux bancs. Distanciation sociale oblige.

Si Axel et Stefie ont préféré garder leurs distances, par mesure de sécurité mais aussi parce qu’ils ressentent moins ce besoin d’aller vers l’autre, pour nous le courant est tout de suite bien passé avec Karin et sa petite famille. Adelheid, m’avait prévenu : « tu verras Karin est une femme très ouverte et vive ! ».

Un autre jour Karin nous a proposé de lui rendre visite. Elle habite à 20 minutes à pieds de la ferme, à Iskaïpata.

Elle nous attendait à la deuxième « trancas » (barrières). Les locaux présents pour surveiller les passages n’étaient pas très emballés pour nous laisser passer. Mais Karin est une femme déterminée. Son ton n’a pas laissé de doute quant à notre passage. Nous avons passé une très belle après midi dans son jardin, à raconter nos vies, une petite bière fraîche à la main, de délicieuses pâtisseries « fait maison » et surtout j’ai découvert une pâte sèche, cuite au four, à base de flocons d’avoine, de paprika, d’ail et de fromage, absolument délicieuse. J’ai essayé de reproduire la même chose, avec nos modestes moyens de cuisson, en vain. Karin me rassure : « Tu reviendras la prochaine fois en faire ici dans mon four. Je te montrerai ». Toujours curieuse de découvrir de nouvelles recettes, j’ai répondu : « Génial, j’ai hâte ! ».

Le temps est à l’allègement.

Vendues ! Les deux boxes et la galerie du toit de Fendi. L’heure est à l’allègement. Maurizio est l’heureux acheteur des boxes et Jorge, rencontré au garage de Land Rover, à Cochabamba, celui de la galerie.

Jorge et son Defender 90, notre traducteur lors de l’interview avec la TV Red Uno

Peut être réussirons nous également à vendre la tente en toile, Maurizio semblait intéressé. Elle ne nous aura servi qu’une seule fois sur 18 mois, lorsque nous étions en panne au Mozambique. Et puis, des habits, du linge, des accessoires vont finir chez Sara.

L’allègement est aussi physique.

Si d’autres ont grossi pendant le confinement, nous autres avons perdu nos kilos en trop.

Nous nous trouvons dans une région rurale, paysanne. Notre alimentation se compose essentiellement de féculents et de légumes frais, parfois un peu de poulet, rarement de la vache. Quelques parasites pour ma part, puis Stéphane et le régime est complet !

Spaghettis aux tomates fraîches et poivrons ailés, chou de fleurs et brocolis avec sauce béchamel, galettes de viande hachées avec tomates à la provençale et frites maison, Humitas, Sopa de Mani (cf recettes en fin d’art.), poulet aux citrons préparé par Stéphane, tarte à l’oignon, lasagnes (spécialités d’Axel), soupes en tout genre, cake aux citrons, à la banane, tartes aux pommes,…tous les jours une nouvelle rectte s’invente au gré des envies et surtout des conditions d’approvisionnement dans le village…

Lors d’un repas commun : Sopa de Mani d’Axel

Et ça continue ! Et on refait un tour de confinement strict, même rigide, sans passer par la case « Parilla ».

Sons du matin, sur la terrasse à Mollesnejta

21 juin. Fête de la musique. Journée des papas. Il est 7h du matin. Il fait 5°. Nous sommes toujours en hiver. Les matinées sont fraîches. La saison est sèche. « Il n’y aura plus de pluie jusqu’en novembre » m’écrit Noemi, dans un des derniers échanges. Je sors sur la terrasse pour me réchauffer avec les premiers rayons du soleil et admirer ce paysage qui s’offre à nous tous les matins. Je découvre le message de Karin sur WhatsApp. Elle annule le déjeuner « Parilla » (grillades) d’aujourd’hui, celui pour lequel je m’étais tant réjouis. Passer un moment avec des gens sympas, boire une ou deux bières, échanger nos recettes. Se donner des cours d’espagnol et de français avec Sara, la fille de Karin. Parler de la Bolivie. Se resocialiser. Vivre de peu. C’est pas grand chose mais si précieux pour nous, si loin de tout et surtout de cette chaleur humaine dont nous avons tant besoin !

J’ai envie de pleurer. Je pleure. Stéphane est déjà parti chercher « Fendi » réparé, dans le garage Land Rover de Janet à Cochabamba. C’est pourtant dimanche. Nous n’avons pas le droit de circuler le week-end. Je l’espère malin pour éviter les contrôles, les barrages, les routes fermées.

Retour de Fendi à Mollesnejta, après sa réparation

Karin m’envoie des messages catastrophiques. Informée par une amie médecin pourtant pas « trouillarde d’habitude » précise Karin. Les hôpitaux, mêmes ceux habilités à traiter les cas de Coronavirus, refusent les nouveaux patients, appellent la presse pour leur venir en aide. Les gens tombent sur les marchés, morts. Des cadavres se multiplient sur les trottoirs. Des médecins, infirmières, personnel soignant, policiers, militaires, meurent, touchés par le COVID.
« Est ce comme en France ? Les plus touchés ont plus de 65 ans ? ». J’essaye de me rassurer. Karin me répond : « Hélas, se sont également des jeunes et des enfants qui meurent ».

Que pouvons nous faire ? Comment venir en aide ? La situation devient critique. Danilo, le « periodista » de la radio nationale « Magica », et qui nous a interviewé lors des réparations de Fendi, m’envoie tous les jours une revue de presse des premières pages chocs des quotidiens boliviens. Les chiffres galopent. Retour en arrière. Lorsque nous étions à Potosi. Les mêmes symptômes qu’en Europe. Mais ici ça n’est pas l’Europe. Les conditions sanitaires sont incomparables. Des milliers de gens vont mourir, faute de soins.  Nous ne jouons pas dans la même cour.

Le décalage se fait sentir avec l’Europe, la France. Le pic arrive. Stop ! La spirale de la peur se met en route. Mais la peur n’évite pas le danger ! Et surtout, elle paralyse. Je cesse de m’informer à outrance … 

Nos dernières journées de liberté avec Fendi et la découverte de Quillacollo et de Cochabamba.

Dans les rues de Quillacollo

22 juin. Inge, une amie de Noemi et d’Adelheid, nous invite à déjeuner demain à Cochabamba. Génial ! Je suis tellement contente. Elle n’a pas peur de choper le covid avec nous ! Nous passons l’après midi avec elle. Un déjeuner rapide est improvisé. Inge avait préparé un délicieux gâteau aux pommes. Et surtout, elle s’attendait à nous voir arriver avec un Coucous !

Problème de compréhension ». J’avais écrit à Inge, par whatsApp : « Nous viendrons te faire un coucou … » C’était drôle ! Inge a tout de suite réajusté le tir, en préparant rapidement un quinoa-fromage et salade. Inge est autrichienne et vit à Cochabamba depuis plus de 33 ans. Marié à un argentin, elle a vécu au Pérou avec ses parents, sa vie est en Amérique Latine. Elle a beaucoup travaillé pour une ONG au Guatemala et en Bolivie. Sa maison est une caverne d’Ali Baba. Objets artisanaux comme des masques peints, des tapis, des couvertures colorées, …  Son jardin est de toute beauté. Je retrouve quelques arbres et plantes de Mollesnejta.

24 juin. C’est l’anniversaire de Steffie !

Depuis ces trois mois de confinement nous aurons eu l’occasion de fêter les anniversaires de Stéphane, le mien, celui Don Dimétrio, de Pedro et maintenant de Stefie.

Les 40 ans de Sefie sont arrosés avec un verre de mousseux, s’en suit un repas en amoureux !

Cochabamba, la ville du printemps éternel.

Depuis deux semaines nous sommes autorisés à rouler avec Fendi. Si nous avons passés nos premières journées au garage de Land Rover de Janet pour des changements d’huile, remplacement de pièces à souder et de réparation (on est tombé en panne le deuxième jour de sortie, à l’entrée de Cochabamba), nous voilà toutes mirettes dehors. Déambuler à travers les marchés immenses de la Cancha, prendre un capuccino dans au café d’FaKus sur la plaza du 14 septembre, admirer la Catedrale Métropolitana de style baroque, observer la longue queue vers la farmacia boliviana, s’élancer dans les ruelles du centre, découvrir la plazza Colon, monter les marches du Christo de la Concordia, photographier les tenues colorées et traditionnelles des boliviennes, dépasser les nombreuses voitures au gaz et anciens bus colorés, ….la rue est en effervescence. Rien ne doit nous échapper de ce tableau vivant ! Nos sens sont en éveil.

Dire que tout ce fourmillement va s’arrêter dans quelques jours. Plus de sorties, plus de magasins ouverts, plus de marchés, nous avons peine à y croire et pourtant c’est ce qui est annoncé.

Nous remplissons nos cartons d’aliments, de fruits et légumes, de tissus « Aguayo », d’élastiques, de doublure en coton. La quarantaine rigide va nous laisser du temps pour la fabrication des 250 masques restants à réaliser.

Nous déjeuner dans un espace où se regroupent plein de petits restaurants. « L’almuzar completo » est à 18 bolivanos. Toujours avec une soupe en entrée, aujourd’hui un bouillon de viande avec du riz gluant, un plat, ici avec du riz, des pommes de terre accompagnés d’un « asado » (viande grillée).
Nous y faisons la connaissance d’Herminia, professeur de français et d’anglais, assise à un mètre de nous, sur le même banc. Nous en profitons pour discuter ensemble sur la situation actuelle du Covid, le confinement, les mesures prises, de la difficulté des boliviens de ne plus sortir, des 30 % d’élèves du secondaire qui n’ont pas accès à internet, faute de moyens ou d’accès,  pour continuer les cours à distances.

Nous confions également à Herminia notre projet des masques, tout en distribuons un « barbijo » en Aguayo, à chaque employée, vêtue d’un tablier à carreaux bleus, du petit restaurant.

Avant de se quitter, Herminia nous lance : « Vous devez visiter Tacara, La Paz,…. » et bien d’autres conseils. Nous échangeons nos numéros de WhatsApp pour rester en contact. On aimerait tant reprendre la route…hélas pas pour tout de suite.

En plein centre, au croisement d’une rue nous tombons par hasard sur Jorge. Ce même Jorge qui nous a acheté la galerie de notre Land Rover, lui même possède un beau Defender 90. La galerie lui ira à merveille. Plus tard, sur la route du retour, nous nous arrêtons dans un Hypermaxi  bondé et je tombe nez à nez sur Inge. Incroyable non ? Le hasard ?

Après quelques mots échangés, je file rejoindre Stéphane qui m’attend sur le parking. Il est déjà 17h et les barrières ferment à 18h, heure du couvre feu, depuis le début du confinement, c’est à dire depuis 3 mois.

Vendredi, 26 juin.

Dernière journée de sortie autorisée avec Fendi. Nous voulons en profiter pour monter les 1400 marches vers le « Christo de la Concordia » à Cochabamba et admirer la vue panoramique sur la vallée, à 2840 mètres d’altitude. Au loin Sacaba et la lagune Alalay, vaste étendue d’eau.

Les petites routes de Combuyo commencent à se refermer. Ici, trois gros tas de pierres nous empêchent de passer. Nous empruntons des chemins de travers. On y arrive toujours.

Dans la ville de Cochabamba, la vie s’accélère. Hier c’était plutôt calme. A présent nous sentons l’effervescence. Bouchons à gogo ! Des queues interminables devant les magasins, les distributeurs de banque et les stations d’essence. Les boliviens réalisent soudain qu’ils n’ont plus qu’aujourd’hui pour se ravitailler. Vont-ils réussir à contourner le confinement rigide en continuant de vendre les produits frais sur les bords de la route, sur les marchés ? Une crise sociale et économique s’intensifie.
Les chauffeurs de taxi et de bus sont séparés d’un plastique entre eux et les passagers.

Les règles se durcissent : chaque visiteur doit se désinfecter les mains et chaussures avant de rentrer dans les magasins. Certains boliviens mettent une protection « al incluse » : combinaison, bottines, masque et sur masque,…

Notre premier confinement strict nous autorisait une seule sortie le matin, une fois par semaine et à pieds. Un marché par semaine.

La vision du Christ, aves ses 34 mètres de haut, aux bras ouverts, symbolise l’hospitalité des habitants de Cochabamba. Le téléphérique est à l’arrêt. Inutile de vous dire que l’endroit est désert.

Moment privilégié. Le calme au dessus de la mêlée. La ville est gigantesque avec ses 400.000 habitants. Quelques immeubles sont visibles. La piste de l’aéroport est vide.

El Christo de la Concordia a été réalisé en l’honneur de la visite du Pape Jean Paul II, en 1988.

Après quelques moments de rêveries nous redescendons toutes les marches et décidons de prendre le chemin du retour, vers Combuyo. La chaleur de l’après midi et la circulation dense, nous assomment quelque peu. Il fait 25°.

Nous sommes en hiver. Le ciel est bleu et il fait bon, voire chaud. J’aperçois des boliviennes en tenue européennes d’hiver, avec des bottines et des vestes, ou bien, celles en tenue traditionnelle amérindienne, avec leur jupe plissée épaisse, « la Pollera », à plusieurs couches de tissus, avec jupons à dentelles dépassant légèrement, leur collant, leur gilet de laine, leurs longues tresses noires reliées sur le bas du dos, leur chapeau de paille, penchée ou droit (disponible ou mariée), leur chapeau melon.

Nous sommes finalement heureux de retrouver Mollesnejta, la ferme de Noemi, avec sa nature, son calme, sa quiétude et sa campagne environnante, avec cette vue sur les montagnes andines. Un refuge.

La situation au 30 juin 2020

Le confinement est annoncé jusqu’au 30 juillet. La quarantaine rigide est décrétée jusqu’au 10 juillet. Nous arrivons vers le pic de l’épidémie : 34 673 cas, 9700 guérisons et 1200 décès. Se sont les chiffres officiels. Je pense qu’il faut multiplier les chiffres par deux, voire par trois.

Ils parlent de nous !

En France :

Retrouvez les articles et réécoutez les interviews dans notre nouvelle page REVUE DE PRESSE, c’est ici

  • L’interview de la Matinale du dimanche 28 juin, sur France Bleu Loire Océan par Julie Munch.
  • Podcast : Histoires d’Overlanders, par Cyril Métral, va paraître dans les semaines à venir…www.overlanders.fr
  • L’article dans l’Hebdo Sèvres et Maine, par Laurent Fortin, paru le jeudi 18 juin 2020.
  • L’interview sur RTL petit matin du 8 juin 2020 à 4h45 du matin par Julien Sellier. 13 minutes de direct et deux coupures qui perturbent.
  • L’article dans les DNA, Dernières Nouvelles d’Alsace, du 1er juin 2020, par Julien Meyer.

En Bolivie :

  • TV, RED UNO, intervista d’Aldrin Vargas, le 20 juin 2020.
  • Radio Magica, 107.2.  Intervista de Danilo Montenegro, le 19 juin 2020.

Ces interviews boliviennes nous les devons à Janet, du Garage Land Rover à Cochabamba. Notre aventure avec Fendi, les 18 pays traversés, notre confinement de plus de 3 mois en Bolivie, notre implication dans la vie locale avec le projet des masques distribués gratuitement aux locaux, grâce à nos amis français….tous ces thèmes ont suscités une certaine curiosité.

Le 10 juillet est la date de fin du confinement rigide et le 30 juillet, la fin du confinement en BOLIVIE. Pourrons nous reprendre la route ? Les frontières vont-elles s’ouvrir enfin ? Allons nous demander notre nationalité bolivienne ? Les réponses très certainement dans le prochain article. Portez vous bien !

LE COIN DES RECETTES BOLIVIENNES

Les Humitas sucrées, par Sara.

Ingrédients : 1 quinzaine d’épis de maïs, 1 cuillère à soupe d’anis écrasé, 2 cuillères à soupe de sucre, 2 cuillères à soupe de cannelle, 2 cuillères à soupe d’huile.

Couper les feuilles des épis, à 3 cm du bas. Laver les feuilles et les mettre de côté. Puis enlever les graines de maïs avec un grand couteau, du haut vers le bas. Bien racler (pas de perte). Mixer le maïs en purée, à l’aide d’un blender. Ajouter l’anis, la cannelle, le sucre et l’huile. Mélanger le tout.
Mettre une grande marmite remplie d’eau à bouillir.
Préparer deux feuilles de maïs en quinconce. Déposer deux à trois cuillères à soupe de la purée de maïs. Plier les bords et les côtés pour en faire un petit paquet bien fermé. Maintenir et nouer grâce à un bout de ficelle ou deux lanières nouées de feuilles de maïs.
Une fois l’eau bouillante, déposer y tous les paquets. Laisser bouillir à feu moyen pendant 30 minutes.
A déguster tel que ou avec une salade verte.

Personnellement, j’ai refais cette recette sucrée en la recomposant avec celle, plus salée, apprise au Chili dans la ferme vegane avec Daniela et sa belle maman. J’a rajouté, à la purée de maïs, du coriandre (je n’avais pas de basilique) et des oignons.

J’ai partagé cette recette avec Steffie. Elle est venue m’aider pour la préparation.

La Sopa de Mani, par Sara

Coup de Saveurs ! Délicieuse Sopa de Mani
La Sopa de Mani par Sara

Ingrédients :
1 poulet découpé, 10 pommes de terre, 3 carottes, 2 oignons, un baïra (petit légume vert), une poignée de petit pois, des habas (gros haricots), quelques haricots verts, 500 gr de cacahuètes fraiches moulues, un bol de pâtes (cannellonis), persil, sel.


Faire chauffer de l’eau dans une marmite. Y plonger les morceaux de poulet découpés. Faites bouillir 20 minutes. Ajouter les légumes finement coupés : carottes, oignons, baïra.
Puis, à la main et au fur et à mesure, rajouter la poudre de cacahuètes et remuer sans cesse pendant toute la durée de la cuisson (1 heure).
Au bout d’une heure. Ajouter ensuite les pâtes (que l’on fait revenir dans de l’huile), les pommes de terre coupées en gros cubes et les habas.
Pour la déco : Couper quelques pommes de terre en très fines lamelles et faire frire dans une poêle. Au moment de servir, disposer les frites allumettes sur la soupe avec du persil finement haché. Buen provecho !

Refesco 1 : La boisson à la cannelle

Faire bouillir un litre d’eau. Y déposer un fagot de bâtons de cannelle. Faire chauffer 10 minutes. Laisser refroidir. Enlever les bâtons de cannelle. Rajouter du sucre (ou du miel) avant de servir. C’est prêt !

Refresco 2 : La boisson de Cupuaçu, par Carlos

Le Cupuaçu est un fruit qui est originaire du Sud, Sud-est d’Amazonie.

Couper l’écorce à l’aide d’un coupe-coupe ou d’une scie. Enlever le fruit à l’intérieur. Prélever la chaire, en jetant les grains. Mixer la chaire avec de l’eau fraîche. Ajouter du sucre, c’est prêt ! Sinon mettre une heure au frais.

C’est Carlos le mari de Sara qui nous a fait connaître cette délicieuse boisson, assisté de Yan, le petit bolivien trop « craquant ».

Les musiques de cet article sont issues de la playlist de Carlos : Le groupe péruvien Alborado, le groupe bolivien Los Cargas,….

6 réflexions sur “L’interminable confinement bolivien

  1. FERRIERES Gilbert

    Bonjour Mireille et Stéphane.
    merci pour toutes ces explications , ces musiques , ces photos …et ces beaux masques ! Quelle belle idée ! Ici , il commence à faire chaud et on a tous les jours du vent. des nouveaux cas de Corona sont apparus à Millau. une grande majorité de gens ne respectent pas les distanciations, ne portent pas de masques dans les magasins… alors des clusters apparaissent un peu partout ..! Bonne continuation et protégez-vous. Gilbert Cathy.
    PS : Jules a perdu un oeil, heureusement ce n’est pas à cause d’un virus.

    Aimé par 1 personne

  2. Gravouille Bernadette

    Merci pour ce super partage,on s’ y croit avec les enregistrements sonores.
    Bon courage pour la confection des masques. Je pense bien que vous êtes récompensés par toutes ces belles relations avec la population.
    J’espère vraiment que vous allez pouvoir continuer votre route.Bonne chance pour tout
    Bernadette

    Aimé par 1 personne

    1. Holà Bernadette ! Oui l’opération masques c’est l’occasion de mieux connaître les boliviens malgré cette situation étrange de confinement.
      Vendredi nous allons pouvoir en livrer une centaine pour « El Centro de Salud » (Centre de la Santé) de Combuyo qui en ont bien besoin.
      Pour la continuité de la route, ça….c’est une autre histoire. Beijos !

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  3. Jourdon

    Bonjour amigos

    Merci pour ces nouvelles du confinement en Bolivie. Certes cela doit commencer à vous sembler très long mais courage, plus que 4 jours et ce sera de nouveau un peu plus de mobilité avant le retour à une circulation « normale ». Surtout prenez bien soin de vous et ne laissez pas les parasites vous envahir et encore moins une autre saleté de virus. Je suis très admiratif de votre activité bénévole de fabrication de masques pour la population locale et reconnais bien là votre générosité. Je vais essayer de vous envoyer un soutien pour que vous puissiez financer deux trois bouts de tissus si je retrouve le lien indispensable à cette transaction.
    Je pense souvent à vous et vous donne un peu de mon énergie de vieillard pour affronter cette dernière étape du confinement.
    Gros bisous à vous deux.
    Philou

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    1. Hello Filou,
      Merci pour ton message et ton énergie que nous avons bien senti arriver…et ton aide aussi pour acheter les tissus pour continuer la fabrication et distribution de masques.
      Pour le confinement nous espérons juste que la quarantaine stricte n’est pas prolongée, à cause des cas qui ne cessent d’augmenter.
      Plein de bisous et on tente un whatsApp dans prochains jours…Beijos

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